Je ne renie pas mes origines paysannes, bien au contraire et j’ai eu un coup de cœur récent pour cette oeuvre poétique écrite par  
Emile JAULIN et que j’ai grand plaisir à vous faire partager. 


 GIROUETTES
   

( à  Daniel COUTURIER        Auteur de «  Aux quatre vents de la vallée » amicalement  Emile JAULAIN )
 


( version originale)

( version «  décodée » en français plus moderne )

 
  
En l’fin fond des vieux temps, en l’temps des cathédrales
  
Et des pignons pointus coéffés d’l’ardoès des toèts
  
Et des p’tit’s port’s tout rond’s ouvart’s sû’ des grand’salles,
  
L’temps où tout l’mond’, chez nous, i’s causaient en patoès,

  Su’ tout’s les mésons bianch’s, i’poussait des girouettes,
  
Tout comm’ y’avait d’z’enseign’s au d’vant des caboulots
  
Et des mariniers l’Loèr’ qui jouaient au jeu d’l’aluette,
  
Au vieux pôrt du Thoureil, dans l’z’aubarg’s à mat’lots.

  Comm’ de ben entendu, c’était des p’tits navires
  
Qui battaient d’tout’s leûs voèl’s  su’ l’toét des mariniers,
  
Mais d’aut’s girouett’s, mes gâs, y’en avait d’tout’s les vires
  
Et qui tournaient au vent en d’ssus d’tous les guerniers.

  Et, tout comm’ les clochers y’où vienn’nt s’coucher les chouettes
  
Ecrivaient l’nom des bourgs pour renseigner l’pâssant,
  
Enter’ y’ell’s, sù’ les toèts, berdassaient les girouettes
  
Et é’s rapp’laient l’méquier d’leû patron en grinçant.

  Sû’ l’eglis’, c’était l’coq qui braillait pûs haut qu’tous l’z’autes
  
Et que l’curé, en bâs qui chantait ses « Oremus ».
  
L’coq qui cocoriquait déjà, en l’temps d’z’apôt’es
  
Et qu’engueulait Saint Pierre ôvec ses rapiâmus.

  Tous les méquiers chantaient leû’ chanson sû’ l’z’ardoèses,
  
Car, pûs qu’on travaîllait et pûs qu’on l’tait héreux ;
  
Les grand’mèr’s, sû’ l’sié d’porte, é’s’dormaient sû’ leûs chèses
  
Et y’avait des chérrues sû’ l’toèt des laboureux.

  Enter’ les nuage’s tout biancs et la ch’minée qui fume,
  
Sû’ l’toèt du tonnelier, tapant sû son cuvieau,
  
Y’avait son frère en zinc, et, cognant sû’ l’enclume,
  
Sû’ l’toèt du maréchal, ein gâs qui farre ein ch’vau.

  Sû’ l’toèt du batelier, v’là ein pêcheux qu’écope …
  
Sû’ l’toèt du bracognier, ein chasseûr et son chien …
  
Sû’ l’toèt du ménuisier, ein gâs sû’ sa varlope …
  
Dès girouett’s … des girouett’s … autant que d’paroèssiens !

  Mais, sû’ les toèts d’chez nous, à c’t’heûre, en fait d’silhouettes,
  
Y’a pûs ren qu’des grand’s parch’s pour nous fair’s léver l’z’yeux ;
  
Pûs qu’ça va, pûs qu’y’en a … On a j’té les girouettes
  
En l’fond des tas d’ferraîll’s  y’où qu’on fourr’tout c’qu’est vieux.

  Hé ! l’mond’ vous pouvez mett’ le nez à voût’ lucarne :
  
Ça s’ra pas en z’ieutant les grands bras d’la Télé
  
Qu’vous pourrez dir’ si l’vent vient d’Soulaire ou d’Galarne …
  
C’est p’têt’ pour ça que l’mond’ il est déboussolé ! …

                        
                                     4 décembre 1971.

  
  Au fond des temps anciens, au temps des cathédrales
  
Et des pignons pointus coiffés de l’ardoise des toits
  
Et des petits ports tout ronds ouverts sur de grandes salles,
  
Le temps où tout le monde chez nous parlait en patois,

  Sur toutes les maisons blanches, il poussait des girouettes,
  
Tout comme il y avait des enseignes sur la façade des caboulots
  
Et des mariniers de Loire qui jouaient au jeu de l’alouette,
  
Au vieux port du Thoureil dans les auberges à matelots.

  Comme de bien entendu, c’était des petits navires
  
Qui battaient de toutes leurs voiles au-dessus de la tête des mariniers
  
Mais d’autres girouettes, mes gars, il y en avait de toutes les sortes
  
Et qui tournaient au vent au-dessus de tous les greniers.

  Et tout comme les clochers où viennent se coucher les chouettes
  
Balisaient le nom des bourgs pour renseigner le passant,
  
Entre elles, sur les toits, bavardaient les girouettes
  
Et se rappelaient, le métier de leur patron, en grinçant.

  Sur l’église, c’était le coq qui braillait plus haut que toutes les autres
  
Et que le curé en bas, qui chantait ses « Oremus ».
  
Le coq qui lançait déjà son cocorico, au temps des apôtres,
  
Et qu’engueulait Saint-Pierre avec ses rapiamus.

  Tous les métiers chantaient leur chanson sur les ardoises,
  
Car, plus on travaillait, plus on était heureux;
  
Les grands-mères, sur le pas de leur porte, s’endormaient sur leur chaise
  
Et il y avait des charrues sur le toît des laboureurs.

  Entre les nuages tout blancs et la cheminée qui fume,
  
Sur le toit du tonnelier tapant sur son cuvier
  
Il y avait son frère en zinc, et, cognant sur l’enclume,
  
Sur le toît du maréchal, un gars qui ferrait un cheval.

  Sur le toit du batelier, voilà un pêcheur qui écope …
  
Sur le toit  du braconnier, un chasseur et son chien …
  
Sur le toit du menuisier, un gars sur sa varlope …
  
Des girouettes … des girouettes … autant que de paroissiens !

  Mais, sur tous les toits de chez nous, maintenant, en fait de silhouette
  
Il n’y a plus rien que de grandes perches pour nous faire lever les yeux;
  
Plus ça va, plus il y en a … On a jeté les girouettes
  
Au fond des tas de ferraille, où on fourre tout ce qui est vieux.

  Hé ! le monde ! vous pouvez mettre le nez à votre lucarne;
  
Ce ne sera pas en regardant les grands bras de la Télé
  
Que vous pourrez dire si le vent vient de Soulaire ou de Galerne …
  
C’est peut-être pour ça que le monde est déboussolé ! …

                                                                  14 décembre 2006.